Le secret de la Marseillaise révélé – Le vrai sens des paroles.

Mais que raconte vraiment La Marseillaise ? Si tout le monde s’accorde à en faire un chant symbole de Liberté, chant qui a traversé les époques et les frontières, il n’en demeure pas moins que les paroles restent énigmatiques. Les explications des plus grands spécialistes sont souvent floues et contradictoires. A y regarder de plus près, on a même l’impression que ces explications reposent sur des approximations, des contresens et des erreurs d’interprétation. De plus, on a l’impression d’avoir affaire à une succession de scènes, sans qu’il y ait vraiment de fil conducteur, et qu’il y ait une histoire derrière ces paroles.
Sans doute, le problème principal est-il un problème de méthodologie et d’approche.
Tout d’abord, naturellement, on pourrait penser que la Marseillaise  – qui a été écrite dans la nuit du 25 au 26 avril 1792 par Rouget de l’Isle, suite à la déclaration de guerre de la France contre l’Autriche – raconte une histoire à venir, une sorte de fiction qui décrirait une bataille sanglante entre la France et l’Autriche. Mais pourquoi la Marseillaise ne raconterait-elle pas une histoire passée, une histoire déjà connue?
Par ailleurs, Rouget de l’Isle n’était pas à proprement parler un révolutionnaire, il était royaliste. Interpréter la Marseillaise tel un chant révolutionnaire est sans doute l’erreur faite par tout ceux qui ont voulu décrypter et donner un sens à ses paroles. A vouloir faire rentrer les paroles dans un cadre révolutionnaire, tous ces spécialistes n’ont-ils pas, en fin de compte, dénaturé, brouillé, obscurci et révisé le sens de la Marseillaise?

Ainsi selon les explications officielles, “Contre nous de la tyrannie l’étendard sanglant est levé” devrait-il se comprendre “L’étendard sanglant de la tyrannie est levé contre nous”. Rouget de l’Isle aurait fait cette antéposition (c’est ainsi qu’on appelle cette figure de style courante) afin de faire la rime (avec “arrivé”). Autrement, nous dit-on, la phrase n’aurait pas de sens…
Si “contre” est une préposition, ceci est vrai mais pourquoi ne faudrait-il pas comprendre ce “contre” comme un impératif  ? Le texte prendrait ainsi tout son sens: Contre nous de la tyrannie voudrait simplement dire Protège nous de la tyrannie. La question qui s’impose dès lors est de savoir qui parle à qui ? Implorerait-on la protection divine ? Pas très révolutionnaire !
Quant à l’étendard sanglant, dès lors il ne serait plus l’étendard de la tyrannie. Quel est donc cet étendard? Qui le porte?

L’autre point épineux, concerne bien entendu le dernier vers du refrain: Qu’un sang impur abreuve nos sillons!
Deux grandes interrogations, de quel sang impur s’agit-il et de quels sillons parle-t-on ? Selon les spécialistes il s’agit soit du sang de l’ennemi qui coulerait dans les sillons ou plus exactement les tranchées creusées pendant la bataille; soit du sang du peuple qui a pris part au combat et qui est impur, en opposition au sang bleu de la noblesse, et qui servira à nourrir nos terres…
Quoiqu’il en soit, ce qui ressort des ces explications quelque peu bancales, c’est que la Marseillaise raconterait une bataille entre forces révolutionnaires françaises symbole de Liberté, et des forces ennemies incarnant la tyrannie. Bataille où bien entendu la Liberté sortirait vainqueur.
S’il est clair que la victoire de la Liberté sur la tyrannie est le symbole ultime de la Marseillaise, toutes les explications ne convainquent pas vraiment.
Un sang impur est un sang qui a été pur mais qui ne l’est plus. Ce n’est donc pas le sang du peuple tombé en martyr. Est-ce pour autant le sang de l’ennemi autrichien ? en quoi serait-il impur ?
Quant aux sillons, ce serait soit les tranchées creusées lors des batailles fantasmées, soit les sillons des champs labourés. Quel rapport avec la Révolution ? quel rapport avec la guerre avec l’Autriche ?

Pour bien comprendre les paroles de la Marseillaise et ainsi saisir l’histoire qui se cache derrière, il est important d’étudier deux aspects importants à savoir:
– Qui parle ? et à qui s’adresse-t-il?
– Le mouvement des uns et des autres. La Marseillaise décrit-elle vraiment un choc frontal entre deux forces?

LA NARRATION

Allons enfants de la patrie: il peut s’agir d’une personne en particulier qui serait chef de groupe, ou bien tous les membres d’un groupe en même temps.
Contre nous de la tyrannie: qu’on doit bien entendu comprendre par “Protège nous de la tyrannie”. Dès lors il ne fait plus de doute que le narrateur est une seule personne qui mène un peuple et qui s’adresse à Dieu en Lui demandant protection. Il s’agit donc d’un guide spirituel.
Entendez-vous dans les campagnes:  confirmation qu’il s’agit bien d’un guide plus éclairé et sensible que le reste du peuple.
Jusque dans vos bras: et non pas jusque dans nos bras, le narrateur a un statut spécial, ce n’est pas une personne quelconque parmi le peuple.
Aux armes citoyens, formez vos bataillons: ce guide spirituel qui guide la peuple est aussi un chef militaire qui donne des ordres.

LE MOUVEMENT

Allons enfants de la patrie: Allons est bien sûr utilisé telle une forme d’encouragement, mais cela indique le mouvement. Allons veut aussi dire partons. Les enfants de la patrie, le peuple, sont en train de partir, de s’en aller. D’où? vers où?
Le jour de gloire est arrivé: apparement ce jour est vraiment spécial, le peuple l’attendait depuis longtemps.
Entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces soldats qui viennent jusque dans vos bras égorger vos fils, vos compagnes: les féroces soldats, l’ennemi, s’approchent dangereusement. On serait tenté de dire qu’ils viennent de face, mais ne viendraient-ils pas plutôt par derrière ? Les enfants de la Patrie, hommes femmes et enfants, s’en sont juste allés. Si on s’en tient au premier couplet en faisant abstraction du refrain, il est plus probable que l’ennemi soit en route à la poursuite des enfants de la Patrie. D’autant plus que, venant jusque dans les bras des hommes, il semblerait que ces derniers n’aient que leurs bras pour armes.
Aux armes citoyens, formez vos bataillons, marchons marchons: Jusqu’à présent le peuple est une masse uniforme d’hommes, femmes et enfants, il est désormais organisé en différents bataillons de citoyens. Par définition, le citoyen étant l’habitant de la cité, les différents bataillons sont organisés par cité ou par groupe de personnes ayant une appartenance commune. C’est pour cela que les bataillons se forment naturellement, chacun connait sa place.
Si dans le premier couplet on demande au peuple d'”aller”, de partir de là où il se trouve sans direction précise, l’ordre de “marcher” est ici beaucoup plus précis. Quelque soit l’obstacle qui se présentera devant eux, les bataillons avanceront tout droit et sans détour.
Mais marchent-ils sur l’ennemi?
Qu’un sang impur abreuve nos sillons!:  Les sillons sont en fait les traces sèches laissées par les bataillons alignés suite à la marche. Sur quoi les bataillons ont-ils marché? Pas sur l’ennemi puisqu’il abreuve les sillons. L’ennemi vient donc par l’arrière et était donc à la poursuite du peuple.

Certains l’auront déjà compris, La Marseillaise raconte tout simplement la sortie d’Egypte des hébreux et la traversée de la mer Rouge, Dieu menant son peuple par l’intermédiaire de Moïse:
Voici donc l’explication des paroles de la Marseillaise, c’est Moïse qui parle.

Allons enfants de la Patrie: Allons nous-en, sortons d’Egypte, Enfants d’Israël. Après 210 ans d’exil en Egypte dont la moitié en tant qu’esclaves.
Le jour de gloire est arrivé: il s’agit de la gloire de Dieu, car c’est Dieu qui a sorti les hébreux d’Egypte, qui a décidé quand il faudrait partir et qui les a guidés dans le désert par l’intermédiaire de nuées.
Contre nous de la tyrannie: qu’il faut bien entendu comprendre comme Protège ou Défait nous de la tyrannie. Les hébreux se retrouvent en face de la mer, Moïse demande à Dieu protection contre les égyptiens qui sont partis en chasse.
L’étendard sanglant est levé (bis): Moïse tend sa main et son bâton pour ordonner à la mer de s’ouvrir. La répétition de ce vers parce que Moïse fera ce geste deux fois. Une fois pour ouvrir la mer et une fois pour refermer la mer sur les Egyptiens. Pourquoi l’étendard est-il sanglant ? Parce que Moïse a étendu sa main et son bâton sur la mer Rouge.
Entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces soldats: les campagnes sont les campements dans lesquels campent les hébreux. Moise rassure le peuple, les égyptiens sur leurs chars sont féroces, ils ont de mauvaises intentions, mais ils mugissent tels des bovins inoffensifs.
Ils viennent jusque dans vos bras, égorger nos fils, nos compagnes: jusque dans vos bras indique que les hommes n’ont que leurs bras pour seules armes.

Si le premier couplet relate la sortie d’Egypte jusqu’a l’arrivée des hébreux devant la mer Rouge, le refrain relate quant à lui l’épisode de la traversée de la mer. Mais pour bien comprendre ce passage, il faut savoir comment la mer s’est ouverte et comment  s’est faite la traversée, comme l’explique avec détails le Midrash.
La mer ne s’est pas ouverte en deux, mais en douze passages, chaque tribu ayant son passage. La mer ne s’est pas ouverte de par elle-même, mais s’est fendue suite à l’entrée et l’avancée des hébreux. La mer a commencé à s’ouvrir lorsque l’homme le plus avancé avait de l’eau jusqu’au cou.
Ensuite, les égyptiens poursuivirent les hébreux dans la mer qui était restée ouverte. Lorsque tous furent  entrés dans mer, Moïse étendit alors son bras pour la refermer sur les égyptiens qui y périrent.

Aux armes citoyens !:  les citoyens sont les habitants des cités, le peuple est divisé par cité, ce sont les 12 tribus d’Israël. Moïse leur demande de s’armer de foi et de courage. Ce sont des armes spirituelles.
Formez vos bataillons:  les bataillons sont les tribus qui doivent s’organiser pour traverser la mer.
Marchons, marchons: à noter que dans la version originale, il est écrit “Marchez” et non pas “Marchons”.  Ce n’est pas Moïse qui a initié physiquement la traversée, mais il a demandé à son peuple d’avoir la foi et de marcher dans la mer.
Qu’un sang impur n’abreuve nos sillons:  Suite à la traversée des douze tribus sur leurs douze passages, se sont formés des sillons tel un champs labouré. Qu’un sang impur abreuve nos sillons s’interprète à la fois de manière littérale et de manière figurée.
Littéralement, abreuver c’est donner à boire. Les hébreux ont traversé la mer à pied sec. Mais Lorsque les égyptiens sont rentrés dans la mer avec leurs chars,  ils se sont embourbés dans la boue. A leurs passages, les eaux d’en bas sont remontées. Les égyptiens ont pour ainsi dire abreuvé les sillons.
Au sens figuré, on comprend tout de suite, que les égyptiens ont péri dans la mer qui s’est refermée sur eux.
Le sang impur est bien entendu le sang des égyptiens symbole d’impureté.

Moïse est appelé l’Homme de Dieu dans la Torah, le roi de France étant censé être le représentant de Dieu sur terre, il est probable que Rouget de l’Isle ait écrit ce texte par analogie en soutien à Louis XVI qui était prisonnier de la Révolution. En faisant parler le roi tel Moïse, sans doute voulait-il appeler les forces fidèles à se rebeller et à se libérer des révolutionnaires…
Le récit de la sortie d’Egypte et de la traversée de la mer, symbole de libération et de liberté étant universel, chacun a pu s’approprier La Marseillaise, devenue le chant révolutionnaire par excellence, et le symbole de Liberté aujourd’hui encore.